ASCH (C.)


ASCH (C.)
ASCH (C.)

Né à Kutno (Pologne) en 1880, Chalom Asch est un des quatre grands de la littérature yiddish moderne, le plus grand peut-être si l’on en juge par son rayonnement hors du monde juif.

Bien qu’appartenant à la deuxième génération d’écrivains yiddish, il est considéré comme un classique à l’égal de ses trois principaux devanciers qui sont: Mendélé Mokher Seforim, Cholem-Aleikhem et Itzhac Leibouch Peretz.

Le chantre de la bourgade juive

Sur le plan littéraire, Asch est parti de zéro. Le seul bagage qu’il ait emporté de son Kutno natal, à l’âge de dix-huit ans, pour s’improviser maître d’hébreu, c’est une somme honorable de connaissances traditionnelles juives acquises dans les écoles religieuses, et des éléments de culture générale glanés au petit bonheur. De la littérature yiddish, il savait fort peu de choses. Sans doute avait-il entendu parler de Peretz (qui devait devenir son parrain) et du poète en vogue Abraham Reizen, avec lequel il allait, par la suite, faire un bout de chemin dans une vie de bohème famélique.

Ce jeune provincial portait cependant en lui un message qu’il était impatient de délivrer et qui lui fit brûler les étapes. Sa première œuvre fut écrite en hébreu. Il la montra à Peretz qui lui conseilla de pratiquer plutôt le yiddish. Durant plusieurs années, il œuvra tant en yiddish qu’en hébreu sans connaître à fond – grammaticalement – l’une ni l’autre de ces deux langues. On le lui reprocha sa vie durant!

Finalement, Asch opta pour le yiddish et fit aisément oublier la grammaire par une série de chefs-d’œuvre qui le classèrent parmi les auteurs marquants de la plus jeune littérature européenne.

À vingt-six ans, débordant le cadre de l’agglomération juive, il affrontait le grand public des pays voisins. Déjà, ses premières œuvres dramatiques étaient jouées à Saint-Pétersbourg et à Berlin. Ce fut le cas, entre autres, de sa pièce Le Dieu de vengeance , reprise vingt ans plus tard à Paris par le théâtre de l’Atelier.

Pendant près de soixante années, Asch ne cessa de produire. Il produisait même si vite que ses lecteurs, de plus en plus nombreux, avaient peine à le suivre. Tour à tour ou simultanément il abordait des genres variés: contes, nouvelles, récits, romans sociaux et historiques, pièces de théâtre. Conférencier pathétique, publiciste ardent, grand voyageur devant l’Éternel, Asch s’intéressait passionnément aux événements majeurs de son temps et prenait une part prépondérante à la vie culturelle et sociale de son peuple. Ce colosse manifestait une santé physique et morale à toute épreuve, de même qu’un appétit littéraire insatiable. On eût dit qu’il voulait compenser le long ostracisme qui avait frappé ses aïeux.

Son tempérament fougueux l’emportait souvent au-delà des normes admises. Il disait ne pas rechercher l’inspiration, car c’était elle qui l’entraînait. «Si, pour écrire, je devais attendre la Muse, j’aurais bonne mine !»

Que de tempêtes il a soulevées tout au long de son orageuse carrière! Qu’il s’agît du «Dieu de vengeance, ou du Dieu d’amour», il réussissait à provoquer une polémique qui prenait parfois des proportions regrettables.

L’œcuméniste

C’est ainsi qu’après avoir été couronné chantre par excellence de la bourgade juive – si caractéristique naguère de l’Europe orientale – et qu’il a décrite comme nul ne l’avait fait avant lui, après avoir délecté toute sa génération par l’amour et l’attachement sans bornes voués au personnage de la mère, à la vie hassidique de son milieu, aux sabbats purs et lumineux de son enfance, voilà qu’il s’attaque à un sujet incandescent: les rapports judéo-chrétient.

Depuis sa jeunesse, l’auteur couvait l’idée de la grande réconciliation entre les deux familles monothéistes. Il y avait fait allusion (et même plus qu’une allusion) dans quelques-unes de ses œuvres précédentes, notamment dans Le Juif aux psaumes , qui eut un retentissement certain aux États-Unis comme en France. Là, à propos d’une âme que se disputaient un rabbin et un prêtre catholique, tous deux, au cours de la même nuit, récitent le même psaume: «Accomplis envers Ton serviteur, Ta promesse...»

Coup sur coup – en plein déchaînement hitlérien – il publie Le Nazaréen , Paul et Marie. Scrupuleux jusqu’au conformisme, il semble prendre à son compte les textes évangéliques, tout en judaïsant les premiers chrétiens et christianisant des héros de la Bible hébraïque. Entraîné par sa verve, il accepte le risque de donner à une œuvre d’imagination, qu’il veut édifiante, l’apparence d’une chronique. Ce fut un beau tollé. Impassible, Asch poursuit sa fameuse trilogie, non sans être, entre-temps et à plusieurs reprises, retourné auprès de ses héros contemporains familiers, dans une série de contes bouleversants.

En dépit des pieuses intentions de l’auteur et de la haute tenue littéraire de ses ouvrages «judéo-chrétiens» (suivis d’un Moïse et d’un Prophète de tendance classique), ceux-ci ne constituent qu’un épisode dans la riche production de Chalom Asch. Ce qui émerge de sa cinquantaine de volumes d’inégale valeur dont certains sont traduits en diverses langues, ce sont : la bourgade juive avec ses beautés simples, patriarcales; les scènes de la vie juive en Amérique et singulièrement les narrations israéliennes, véritables poèmes en prose; les quartiers juifs de la Varsovie d’avant le raz de marée nazi, avec ses personnages caractéristiques, sa vie bouillonnante; c’est encore la Varsovie d’après le désastre, évoquée dans La Marche triomphale , où l’on voit les ombres de ses habitants, gazés et brûlés par les Allemands, défiler pour la dernière fois, en un cortège hallucinant.

La Bourgade , La Mère , La Sanctification du Nom , La Sorcière de Castille , Le Juif aux psaumes , Le Chant de la vallée , Le Buisson ardent sont des titres prestigieux dans la littérature yiddish.

Chalom Asch est mort à Londres en 1957. Il demeure le romancier puissant, le visionnaire à l’intuition profonde, qui a frôlé le prix Nobel. C’est le maître de la prose yiddish. Il a su révéler au monde la vigoureuse fraîcheur et la virilité savoureuse d’une population qui maintenait fidèlement les mœurs et les traditions de source biblique.

Encyclopédie Universelle. 2012.

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